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Business de l’infox : une industrie lucrative au détriment de la vérité

28 avril 2026

28 avril 2026

Business de l’infox : une industrie lucrative au détriment de la vérité

Business de l’infox : une industrie lucrative au détriment de la vérité

Derrière chaque infox qui devient virale sur internet, il y a des intérêts. Généralement, ces intérêts peuvent être d’ordre politique ou financier. Plusieurs enquêtes ont montré que certains auteurs de fake news gagnent de l’argent, de l’influence ou du pouvoir grâce aux fausses informations qu’ils distillent pour polluer l’opinion publique sur des sujets stratégiques. Pour le moment, ce système de rentabilité derrière les fausses informations est bien discret mais amplifie malheureusement le phénomène des fausses informations. 

Selon un rapport de Newsguard et Comscore, 2,6 milliards de dollars sont générés par an par des sites d’infox par le biais de revenus publicitaires. Selon les experts qui ont travaillé sur le sujet, de grandes marques injectent beaucoup d’argent dans ce système. Au cœur de la manœuvre, on retrouve une stratégie visant à mettre en avant la désinformation et la mésinformation basées sur les infox électorales, la propagande partisane, les mythes anti-vaccins, de fausses allégations sur la santé. 

Laurent Nicolas, expert en publicité digitale, révèle dans le magazine Complément d’enquête publié en 2021 que le site américain d’infox Gateway Pundit gagne 200 000 euros de recettes publicitaires. 

Certains auteurs d’infox gagnent de l’argent en dehors du système publicitaire. Ceux-ci sont financés par les dons. En janvier 2026, CLEMI cite l’exemple de Hold Up, un film documentaire sur la covid-19 qui a bénéficié d’une levée de fonds de 300 000 euros grâce à la contribution de 10 000 personnes. Ce système de don permet aux sites bannis du marché de publicité par Google pour des contenus « dangereux et trompeurs » de survivre. 

Infox au Bénin : un danger amplifié en période électorale 

Si au Bénin, la machine à sous derrière les fausses informations n’est pas encore visible, il y a quand même des craintes à avoir. Avec le système de monétisation qui pousse les internautes à générer des clics à « tout prix », on n’est pas loin des fermes à clics. Pour le moment, l’intérêt immédiat que visent généralement les auteurs de la désinformation au Bénin est moins économique.

Selon les résultats d’enquête publiés en 2022 par Léonce Gamai, journaliste, consultant formateur en médias, communication, « les infox au Bénin n’apparaissent pas au hasard. Elles foisonnent beaucoup plus en période électorale, de tension et de crise (sanitaire, sociopolitique et sécuritaire). Leur création, (ré) production et diffusion s’inscrivent dans des logiques bien définies, à savoir la bataille autour du pouvoir politique, l’expression d’une panique collective face à une crise ou une situation extraordinaire, l’expression d’une résistance quasicollective ou d’une large partie de l’opinion à une action publique, etc. L’initiation et la diffusion des infox sont donc l’œuvre des milieux politiques, des utilisateurs des réseaux sociaux ainsi que de citoyens non présents en ligne ».

Publier de fausses informations pour soutirer de l’argent aux internautes

Au Bénin, il n’est pas identifié pour le moment de sites et plateformes qui relayent de fausses informations dans l’optique de maximiser des revenus publicitaires grâce aux clics. Mais certains internautes usent de la désinformation pour soutirer de l’argent aux citoyens. C’est un cas qui devient récurrent, notamment dans le cadre des concours ou des appels à candidature.

En septembre 2024, l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INStaD) a signalé une fausse information sur les réseaux sociaux à propos d’un prétendu recrutement d’agents enquêteurs en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche. Les auteurs de cette arnaque publient de fausses listes de présélectionnés et exigent ensuite de l’argent pour la fabrication de badges et cartes, afin de tromper les candidats.

Fake news : un business qui écrase les médias sérieux 

Alors que les médias sérieux qui travaillent pour fournir des informations vérifiées sont en difficultés économiques, les auteurs et plateformes de fake news se remplissent les poches. À cause de ces gains qui sont servis sur un plateau d’or, beaucoup d’acteurs font une ruée vers les réseaux de désinformation. 

L’exemple de l’expansion du phénomène se traduit par les fermes à clics qui ont vu le jour dans plusieurs pays du Sud-Est asiatique. Vecteurs de fake news, ils fonctionnent avec des millions de faux comptes qui amplifient les fausses informations à répétition sur les réseaux sociaux pour obtenir le plus grand nombre possible de clics pour augmenter les revenus publicitaires. En 2017, Facebook a annoncé avoir fermé plus de 30 000 faux comptes. 

Cauchimau HOUNGGBADJI

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